03.11.2008

Le Marchand de sable est en avance cette année - 1ère partie

"... saupoudre, saupoudre sur ton lit, des poussières d'étoiles. Pour que mon ange, mon ange joli, mette les voiles... Le marchand de sable va venir...  il va venir t'endormir... Dors bien maintenant mon petit, fais des rêves gentils.

- Maman, quand je serais grand, je veux faire rêver les gens.

- C'est fort louable de ta part, Erik. Ils en ont tellement besoin. Tu sais Erik, ce sont nos rêves, qui nous nourissent et nous maintiennent en vie. N'oublies jamais de rêver..."

Sur ce, la jeune mère embrassa son fils sur le front et sortit de la chambre obscure en lui souhaitant bonne nuit.

 

Puis j'avais du continuer à vivre sans elle. Oh elle était toujours là bien sur, en rêve. Je la voyais descendre des cieux sur un char étincelant, tiré par deux sangliers ailés. Semblable à une déesse de l'ancien temps. Je montais avec elle et nous parcourions les vastes mondes qui peuplent le nôtre. Nous nous arrêtions parfois dans un port de Kel' tanys, pour nous restaurer ou bien pour admirer, les incroyables homme-lézards effectuer, des tours de magie surprenant pour un simple mortel. Je ne sais si c'était des illusions, idéales pour impressionner les passants ou bien s'ils parvenaient réellement à créer ces effusions de flammes, là-bas sur leur monde. Tout ce que je sais c'est que ces rêves ont emplis mon adolescence d'une douce musique, propre à me faire flotter sur un océan de quiétude imaginaire.

Et ils l'avaient brûlé, ces traîtres inquisiteurs. Ces mortels indignes de leurs cieux. Mon père n'avait pas voulu m'en dire plus, tout en ne pouvant me laisser dans l'ignorance de cette infamie. Je ne savais alors pour quelles raisons, ces monstres avaient voulu enlever, si jeune une mère à son enfant. Je ne l'appris que bien des années après la mort de mon père, de la bouche d'un vagabond, dont l'haleine empestait le whisky à trois jours à la ronde. Ma mère avait été une de ces anciennes femmes médecins, une rebouteuse que l'on pouvait apercevoir, ramassant des herbes médicinales, au travers des forêts enchantées d'Armorique. Comme chacun de son côté à l'époque, elle s'adonnait à quelques rituels magiques. Elle, préférait vénérer la Nature dans toute sa splendeur, plutôt que de céder à la mode du moment, qui voulait qu'on ne loue qu'un seul et unique dieu, tout puissant et infaillible. Préférant laisser les sots et les vaniteux à leur ignorance et leur cercle vicieux, irréel et éphémère.

"Brûlons la sorcière !"

Voilà tout ce qu'ils avaient su répondre à toutes les interrogations que soulevait la présence sur Terre d'une telle femme, étrange à la vue du commun des mortels, mais simplement différente parce que délaissant les routes de traverse, pour préférer la grand route :

"Celle qui mène droit aux cieux, l'axe du monde, ne cessait-elle de me répéter."

A sa mort, mon père n'avait eu de cesse d'ébaucher des plans de révolte, toujours plus saugrenus et irréalisables, à l'encontre du seigneur local. Il m'avait aussi enseigner l'art de survivre en toute circonstance. Mais, préférant la complainte de son temps, au doux écho du passé, il m'avait aussi bien appris à croire en Dieu, qu'à respecter les forces de la Nature. Tandis que, comme perdu au fond d'un abîme insaisissable, il ne pouvait s'empêcher de boire. Et toute l'ardeur amoureuse qu'il réservait habituellement à ma mère, il la donnait désormais à cette tyrannique et abrutissante maîtresse liquide, couleur rouge sang. Il n'avait même plus le courage de faire du pain ! Il lui arrivait souvent de me cogner quand quelque chose ne se passait pas comme il le désirait. Je du bien m'occuper des corvées et des champs tout seul, j'appris tout ce qu'il fallait savoir de mon environnement, préférant la silencieuse compagnie des arbres, aux sourds murmures des humains qui s'agglutinaient entre eux, de peur de s'oublier eux même.

A la mort de son père, Erik en eu assez de cette vie, il décida de s'embarquer sur un navire à destination des Amériques. Le voyage se déroula tant bien que mal pour le brave Erik, qui était pris d'une fièvre étrange. Des nausées incessantes en venaient à le faire rendre ce qu'il absorbait. Au bout d'une semaine, le capitaine s'enquit de sa santé auprès du médecin de bord :

"Elle n'est pas fameuse. En quinze ans sous vos ordres monsieur, je n'ai jamais vu pareille chose. Il devrait être mort à l'heure qu'il est.

Mais il continue à vivre, à se battre, comme si quelque force invisible le protégeait, ou bien l'attaquait à l'en rendre malade comme un chien."

Erik entendait les gens converser autour de lui mais cela ne l'affectait en rien. Il semblait attendre la suite... Tout en priant Dieu de lui donner la force de continuer à vivre.

Le navire tanguait en une danse hypnotique qui berçait précautionneusement l'estomac d'Erik...

Jusqu'au moment où, n'en pouvant plus, il déversait un flot liquide et corrosif sur le plancher de pin. Puis il les entendit, tout d'abord ce ne fut qu'un doux courant d'air qui vint à chatouiller ses écoutilles.

Au fur et à mesure que les vagues le berçaient, la mélodie s'amplifiait. 

"Vous entendez cela ? ne cessait-il de répéter.

- Quoi donc Erik ?

- Ces chants, ces merveilleux chants.

- Je n'entends rien de tout cela Erik.

- Des femmes qui chantent sublimement.

- Calme-toi mon garçon."

Mais cela ne servait à rien, Erik était déjà parti dans un de ces rêves fiévreux, tellement étrange et absorbant, et tangible sur le coup, qu'il vous change à jamais. Des femmes à l'apparence spectrale vinrent au travers de la coque et l'emportèrent sur une île imaginaire. Là, il atterrit dans un somptueux palais, tout d'or et de pierres précieuses paré. Ses envoûtantes maîtresses le faisaient virevolter dans tous les sens, au point que la tête lui tourne dangereusement. A l'instant critique, elles l'envoyèrent choir dans une véritable montagne de coussins et d'autres voluptés. Il s'enfonçait à travers ces couches successives de tissu, et comme dans une toile d'araignée tridimensionnelle, étourdi qu'il était, il se laissait engluer dans ce piège, digne d'un prince machiavélique. Au moment de rendre son dernier souffle, un souvenir de sa mère vint effleurer tendrement le seuil de sa conscience.

"Je m'étais caché pour l'observer, pendant qu'elle préparait une incroyable mixture, à base de plantes que je n'avais su reconnaître. Elle s'était mise dans une colère folle, quand elle s'en était aperçu. Comme par magie, elle s'était retourné, avait scruter quelques secondes dans ma direction, trop long pour mes nerfs qui ne purent soutenir ce regard - bien que je fusse invisible à son œil -. Je sortis de ma cachette et m'en pris une bonne volée. Puis, une fois calmée, elle reprit son ton habituel, doux et rassurant :

"Tu ne dois jamais venir me chercher quand je ne suis pas à la maison. Il pourrait t'en coûter la vie, petit homme... Eh, c'est bien tout ce que nous sommes, après tout. Tache de t'en rappeler et d'agir en conséquence. Respect en toute chose, choix réfléchi et action mesurée sont les atouts d'une vie digne. Maintenant file, avant que le diable ne t'attrape et te mange tout cru."

Erik reprit foi en son courage et assura son avenir en s'élançant vers le ciel. Il éparpilla les étoffes, et par ce mouvement du cœur, il atterrit sur la terre ferme. Aussitôt fait, ses trois danseuses enivrantes, effectuèrent des gestes qui l'absorbèrent complètement.

Elles l'emenèrent dans un immense lit à baldaquin, aux draps satinés. Leurs caresses langoureuses se faisaient de plus en plus chavirantes. Elles semblaient couvrir de baisers, étrangement en même temps, toutes les parties de son corps. La chaleur en devenaient insoutenable.

"Docteur, il vient juste de faire fondre la glace, qu'il n'y a pas cinq minutes, j'avais mise.

- Et bien, remettez en. Par la grâce de Dieu, je n'en perdrais pas un de plus."

Et même lorsque la fin se fit ressentir, l'accouplement de ces quatre esprits reprit de plus belle. Il n'avait quasiment plus de souffle et allait succomber au charme de ces démoniaques créatures, ces ensorcelantes apparitions.

"Monsieur, je me fais réellement du souci pour ce jeune homme. Si nous n'accostons pas bientôt, il se peut qu'il ne tienne pas la semaine.

- Bien, nous allons voir ce que nous pouvons faire."

Erik était au bord de l'apoplexie, l'illusion le tourmentait au plus haut point. Ses trois femmes étaient à présent en train de le gaver comme une oie, de Nectar. Une succulente nourriture pour l'âme, mais qu'il n'est pas bon, pour un mortel, d'absorber trop longtemps durant. Cela vous conférait un tel acoup de puissance, que vous pouviez périr, à moins de comprendre comment le transformer, pour qu'il devienne acceptable et bénéfique. Lorsque le Véloce accosta l'île de Saint Louis, Erik sentait assidument la mort lui glacer les sangs et lui ouvrir grandement les bras. Il n'en fallait pas beaucoup plus pour qu'il y reste. Par bonheur, l'île comptait parmi ces indigènes, quelques sorciers, fiers de leur puissance, qui racontait-on à la taverne du Nain Jaune, pouvait guérir tous les maux. Malheureusement, ces sages personnes, se cachaient à la vue de l'envahisseur. Seul un sang pur aurait eu les moyens d'en convoquer. Mais, la nature humaine est ainsi faite, que tout a un prix. Et aux yeux du docteur Livingstone, la vie de ce jeune homme infortuné, valait au moins cela. Qui plus est, le doc était particulièrement curieux de tous les joyaux qui ornent la vie d'un aventurier. D'exquises friandises que l'homme de savoir sait habilement déguster.

Ils trouvèrent donc un homme médecin, reclus au plus profond d'une jungle étouffante. Il attendait patiemment d'accomplir ce pourquoi il était venu sur terre : guérir. Et les hommes en avaient bien besoin. Comme de tous temps, ils semblaient porter au fond du cœur, un étrange et lourd fardeau. Comme si la prétention d'être un homme, leur conférait la suprême indulgence d'être méchant, mauvais ou malade. Car il ne s'agissait que de cela, selon eux, de notre égo démesuré.

Je vous fais grâce ici, de tous les passages en dialecte primitif. La traduction sera donc fictive, mais instantanée.

"L'homme blanc est trop indulgent face à sa vie. Même son ombre détourne les yeux."

L'intérêt grandissant du docteur Livingstone pour la cérémonie magico-religieuse, ainsi que pour l'homme en lui-même, qui représentait une mine d'un savoir-faire ancestrale, que ses contemporains n'osaient même pas imaginer, alors qu'on brûlait cruellement et impitoyablement les innovateurs, qui osaient déplacer le centre de l'Univers, pour le faire se mouvoir bien loin de notre centre de gravité ; et bien, cet intérêt grandissait.

Puis l'homme entra en transe. Il avait demandé qu'on l'attache solidement. Et pour le coup, le docteur avait été très surpris. Il ne pouvait alors imaginer comme l'acte de guérir pouvait être dangereux pour le patient, comme pour le médecin. Il comprit aussitôt, lorsqu'il vit l'homme effectuer d'étranges soubresauts, comme un fou interné dans une institution, qui se jetterait contre les murs capitonnés de sa cellule... Pas exactement comme un fou. Ici chaque mouvement, chaque élément de la scène semblait avoir un rôle précis. Et aucune place pour le superflu qui orne habituellement, et avec profusion, la messe du dimanche. Qui, Livingstone le savait bien, avait originellement, un but similaire.

 

J'étais à bout de vie. Il ne me restait plus la moindre volonté pour continuer à me battre. Puis ce saint homme est arrivé, effrayant les trois succubes endiablées. Il descendit du ciel tel un ange, rayonnant d'une lumière rassurante. Il me prit la main et me ramena sur terre, où m'attendait courageusement, mon corps inanimé.

"De telles épreuves si elles ne sont mortels, endurcissent l'âme et rendent plus fort. Ce jeune garçon est destiné à de grands pouvoirs. Les vents m'en ont parlé vous savez. Et son esprit est plus vieux que bon nombre d'entre nous. Vous devriez peut-être me le laisser pour que je lui apprenne comment développer et maitriser ses pouvoirs.

- Je ne sais... C'est à lui de décider.

- Hum, d'autres ont décidé pour lui.

- Que voulez vous dire ?

- Que même les puissants sont attentifs à son devenir."

Le Grand Inquisiteur de Sa Majesté, qui assistaient d'un œil agacé au dialogue sans pouvoir y participer, trouva finalement l'opportunité d'imposer sa volonté.

"C'en est trop. Assez de cette hérésie. Brûlez tout !

- Mais, Grand Inquisiteur, il vient de sauver ce jeune homme d'une mort certaine.

- Il l'a envouté avec ses maléfices diaboliques ! Espérons que la purification de ce malin, le délivre de son emprise. Sinon nous serons obligés de le purifier à son tour."

L'ignorance pousse souvent à la faute, et à la destruction irraisonnée et convulsive d'objets exutoires, discréditant par la même toute rédemption apportée par la compréhension.

Heureusement qu'Erik dormait à ce moment, sinon il aurait été capable de jeter le Grand Inquisiteur au centre du foyer, qu'il avait allumé grâce à ses rameaux de haine. Ce qui aurait sans doute eu pour implications de lui faire perdre la vie. Celle d'Erik, la vie de l'Inquisiteur n'ayant d'importance que dans les livres d'Histoire (sic).

Corrigeons l'Histoire dès à présent : La très Sainte Église n'a rien à envier à son prophète. Elle se décharge simplement de continuer son œuvre, d’en assurer la postérité, en innovant, en lançant de tout nouveaux concepts, tel que la manipulation de masse ou bien encore le refoulement de l'humanité au rang d'étron, flottant majestueusement dans l'égout putride qu'est devenu cette merveilleuse Mère. Ah quelle belle image de l'Homme et de son espoir à venir, ils avaient en ces temps là. La période était sombre et bizarrement riche en enseignements. Malheureusement, aucuns flambeaux n'ont été retrouvés, ou si peu, dans la nuit de l'Humanité.

Erik se remit lentement de ses émotions et, au bout de deux ou trois semaines, le Véloce mouillait dans le port de la Nouvelle-Orléans. A l'époque, la Nouvelle-Orléans n'était pas ce havre de créativité et d’échanges culturels que nous connaissons aujourd'hui. Non, c'était le premier comptoir de Nouvelle France, un pôle d'échange pour esclavagistes et autres commerçants en tout genre. La France connaissait ce marchandage infâme de vies humaines, mais dans un registre plus atténué (que les autres colonisateurs).

Erik débarqua en une belle matinée de printemps, alors que les arbres sortent lentement de leur sommeil profond, et que la terre, de partout se fait labourer, à l'instar de ces jeunes pucelles à peau d'ébène, qui entamaient leur carrière dans le plus vieux métier du monde. La ville regorgeait d'énergie, et partout, on s'attelait à construire une rêve immortel.

Ayant trop d'argent pour ne pas s'en faire dérober, et trop peu pour réellement entreprendre quelque chose, Erik se mit en quête d'une emploi. Qui lui permettrais, si ce n'est d'acheter une propriété, tout au moins de payer le prix pour vivre en homme libre. Car cela fonctionnait ainsi en ce temps-là et au sein de ces peuples, l'argent continuait et pour longtemps, à diriger et à définir un homme, sa valeur pour son suzerain, ainsi que sa place dans le monde des hommes. Erik n'imaginait même pas qu'à quelques lieues de là, vivait un peuple, primitif et étrangement plus libre qu'un civilisé. Eux, préférant baser leur société organisée (n'en déplaise à certain), sur ses réels besoins, qui restent pour tout homme les mêmes, à savoir se nourrir, assurer sa sécurité et vivre en homme libre, plutôt que sur des concepts abstraits et bien trop éloignés de l'essentiel et donc du monde, tel ce spectre qui plane sur l'avarice humaine, l'argent. Aux vues des sauvages, les blancs semblaient s'enfermer dans un faux rêve, une erreur de jugement, un délire psychotique diraient nos psychanalystes familiers. Et aux vues des néo américains, les indiens étaient des peuples barbares - tiens, j'ai déjà entendu ça quelque part. Ne serait-ce pas, pour des gaulois, un terme familier ? -. Certains allaient même à mettre en doute leur humanité, proférant qu'ils étaient fils du démon. Qui avait tord, qui avait raison ? Dieu seul le savait, c'était juste le début d'une grande amitié. Et pour se lier d'amitié avec quelque chose, il faut d'abord apprendre à se connaître, soi-même, puis la chose en elle-même. Et c'est bien ce qu'ils firent. Oh bien sûr, chacun avait sa manière de procéder. Ainsi les blancs découvrir que les rouges étaient bien des hommes, mortels qui plus est, et que la nation amérindienne étaient bien faible et désorganisée face à leurs ar... euh, leurs grandes sagesse et lucidité. Et les rouges comprirent que les blancs étaient réellement fils du démon. Mais ne nous lamentons pas sur le passé, le plus beau reste à construire. L'homme blanc non content d'avoir déclarer la guerre à chaque être vivant sur cette planète, se voit dans l'obligation de pleurnicher sur sa faiblesse de cœur, alors que quelques bribes de fierté peuvent encore être sauvées. Car c'est ainsi que l'on parle en milieu naturel : l'être humain a réellement tout fait depuis sa naissance, pour s'élever, sur un petit nuage pestilentiel, et presque toujours au détriment des autres représentants de la Race terrienne. Maintenant voyez dans quel monde nous vivons... un monde conçu, par des humains, pour des humains, et qui ne laisse que si peu de place à l'empathie et à la magie.

Bref tout ça pour dire que j'aime le peuple amérindien. Je me sens proche de lui, ainsi que toutes les peuplades dites "inférieurs", qui je me rends compte actuellement, détiennent un savoir bien plus important (ou au moins égal) à celui de notre propre civilisation.

Habituellement, quand une erreur est commise, lorsqu'elle survient à nouveau, il est possible de la prévenir ou encore mieux de l'éradiquer dans l'œuf. Étrangement, la souffrance et l'égocentrisme ne semble pas être digne d'être pris en compte dans le bilan des actes et mouvances perpétuels de l'humanité. On fait comme si tout était normal - voir même pire, nouveau -, alors que les fantômes de notre passé ne cessent de nous poursuivre où que nous posions les yeux. Et une fois le cycle bouclé, on se rend subitement compte et avec la plus grande indignation, que la machinerie humaine est âprement destructrice.

"Et bien non, désolé monsieur, on ne m'avait pas prévenu ! Je n'aurais osé imaginer que je puisse être la créature la plus maléfique et la plus chaotique qui existe en ces mondes infinis."

 Même si c'est sans doute erroné, il n'en reste pas moins que la phrase est presque agréable à entendre. Enfin un peu de bonne foi, ou du moins une once d'intention honorable. Celle d'un juif passe encore, mais par pitié pas celle d'un chrétien, on sait ce qu'elle vaut (re sic).

Ainsi, Erik du se plier, sans le concevoir, à ces lois qui bornent l'esprit de nos contemporains. Ayant des connaissances approfondis dans le milieu naturel, il se fit engagé auprès de la guilde locale, comme trappeur. Notre jeune ami ne connaissait rien aux Amériques, ni à sa faune, mais après quelques mois vécus en dehors des grandes villes, il en savait déjà beaucoup plus que bon nombre de colons. Il chassait le bison, l'ours, ou tout autre animal portant une fourrure enviée des femelles européennes. Et la guilde payait bien, vu les risques. Les sauvages n'étaient pas bien loin, et se chargeait de temps à autre, visiblement sans la moindre raison apparente, de raccourcir la boite crânienne de blancs un peu trop curieux, ou trop bruyants. Mais cela ne lui faisait pas peur, peut-être parce qu'il n'avait jamais vu un de ces hommes, au regard fier et à la sombre chevelure. Mais bientôt, Erik allait pouvoir remédier à cette fâcheuse ignorance. Le chef de sa guilde de trappeur vint le voir un jour pour lui proposer une mission des plus périlleuses. Il devait, s'il était capable de rester en vie assez longtemps, explorer les contrées dites "sauvages" et en ramener une carte contenant les positions exactes des tribus environnantes. A des fins militaires, une fois de plus, se dit Erik. Il n'en restait pas moins qu'il acceptait, bon gré mal gré, la mission qui lui était confié.