12.10.2008

Amor

 

Silencieuse sur la route, je dévoile mon ampleur à la fin.

Familière, Amante d’un souffle, Si proche et pourtant…

Singulière combattante qui déroute les foules,

Jamais juge impartial n’avait ainsi fait loi.

Pour l’Amour du monde - paradoxe improbable -,

le sang coule. La vie se nourrit de la mort,

Et l’être eut, par la main, sept voies.  

Triade

Trois tumulus enserrent les rois en terre.

Mes moires exaltent le temps de cette ère.

Saint, bol des dieux puis, sens des sphères.

29.07.2008

Réminiscence ancestrale

J'ai pris le sôma à la tombée de la nuit, lorsque la frontière entre les mondes est tenue. Je me suis assis en tailleur, à coté du feu que j'avais allumé. Très vite, la drogue accomplit son oeuvre et je tombais dans un profond sommeil. Je me voyais flotter à travers l'éther, libéré de toutes astreintes physiques. Mon être était à présent aussi libre qu'une goutte d'eau dans l'océan qu'est l'univers. Puis je sentis mon corps se désagréger avant de disparaitre. Ma conscience n'était plus qu'un point, et j'y voyais défiler un monde étrangement flou. Et la vision se fit plus nette, se transformant en un monde blanc, parcouru d'une infinité de fils magnifiques, tissant la Maya.
Puis j'entendis la voix à travers l'écho d'un brouillard mouvant, Il s'adressa à moi en ces termes : "Tu m'as convoqué en ces lieux. Me voici à présent devant toi, fils de l'Homme."
Il apparut à mes yeux ébahis, irradiant d'une lumière surnaturelle. Je ne parvenais réellement à le distinguer face à tant d'éclat. Ce n'était qu'une silouhète dans la clarté du jour.
"Êtes-vous l'émissaire ?!
- Je suis venu t'apporter la révélation que tu espère tant.
Maintes fois je t'ai contemplé me convier au Festin.
Maintenant vois, et apprends du devenir."
La vision se troubla et je fus transporté à travers les couches du ciel. Sept, huit, neuf fois je quittais le sol pour m'envoler, transperçant ces toiles colorées. J'aterris dans un monde complètement dévasté, apocalyptique à souhait. Tout était rouge autour de moi, le ciel, la Terre... Tout semblait avoir été détruit dans d'atroces souffrances. Le monde tel que je le connaissais, beau et empli de vie, avait disparu. Je ressentais une étrange énergie résonner en ces lieux, et la vie parvenait à subsister par quelques miracles inconnus. Je parcourais un bout de chemin, avec un lézard savant, qui racontait d'incroyables histoires. Je volais avec une chauve-souris diurne.
Puis j'aterris face à un scorpion gigantesque, qui mesurait des dizaines de fois ma taille. Il était rouge comme le sable, et me contemplait en salivant intensémment. La terreur s'empara de moi et je ne pus bientôt plus faire le moindre mouvement, suivant l'étrange balancement de son dard au dessus de moi, comme une danse hypnotique à mon âme. Je regardais ma main gauche et un glaive apparut. J'eus à peine le temps d'esquiver le premier assaut. Il possédait une telle vivacité, que mon propre esprit s'en trouvait à court. Je m'écroulais sur le flanc quand la seconde attaque me parvint. Elle me plaqua violemment au sol et ma jambe droite fut anéantit. Il effectua une rotation incroyablement complexe en mouvements étranges, dans ma direction. Sans réfléchir je tombais, inanimé, plus rien ne s'échappait de moi, mimant le mort...
A la perfection, puisque l'animal en fut persuadé un instant. Ce fut juste assez pour me permettre de lui échapper. Je sautais à travers l'espace. Effectuant de périlleuses acrobaties et rebondissant sur des rochers aux angles improbables ; et j'aterris sur sa tête. Durant un moment qui me parut une éternité, les milliers de paires d'yeux me contemplèrent d'un air bizarrement complice. Puis j'abattais ma lame sur l'animal, transperçant sa carapace millénaire. J'attendis que les convulsions mortuaires s'estompent. Puis le messager me parla un seconde fois :
"Vois le futur. L'avenir de ta race, de ta planète, de la vie même. Et comprend l'ineluctable. La mort est ainsi, face à la vie, elle survient toujours. Un cycle sans fin... Trouveras-tu un moyen de lui échapper." Je n'osais prononcé un mot.
"Dans bien des temps, lorsque le crépuscule recouvrira les tiens, d'étranges décisions devront être prises. Ecoute-moi bien, la mémoire doit être sauvegardé à n'importe quel prix. Ton clan sera le garant de cet espoir futur."
Puis il m'apparut tel un homme. Dans sa main, le même glaive dont je m'étais servi pour tuer le scorpion. Il s'ouvrit les veines, et du sang mimétique s'en déversa.
"Maintenant, lies-toi à moi. Je t'instruirais, afin que de ton rêve, il ne soit rien. Par le sang, le pacte s'annonce. Et à travers les flammes, tous les tiens riront ensembles."
Je fis de même et au moment de toucher cet être extraordinaire, les blessures disparurent. Je fus alors transporté, réintégré à l'intérieur de mon corps mortel. J'ouvris les yeux pour voir les restes d'un feu, consummé devant moi.
Révélations. Evangile de Jésus-Christ. XII. 3.